Mars – Soyez mal ajusté-es

Alice Hagopian, Coney Island, County Down, Irlande du Nord.
Ça fait que 5 mois pour le doctorat/7 mois en l’Irlande du Nord/8 ans et demi à l’étranger.
Ça fait déjà 5 mois/7 mois/8 ans et demi.
Je comprends pas pourquoi la malhonnêteté est tellement acceptée, encouragée, récompensée par nos institutions parfois. Je vois bien comment -et pour qui- ça fonctionne. Mais je refuse de tolérer ces choses‑là. Les résultats sont inégaux : je m’accroche aux petites victoires, je laisse se désagréger les relations perdues et j’évite sans regret certaines personnes. Le but est de ne surtout pas plus ressembler à celleux qui « réussissent » selon des critères de comportement que je ne partage pas.
/ Pendant un atelier où il fallait mentionner des problèmes, mes commentaires sur les génocides ont été complètement ignorées. / Après un séminaire, mes commentaires sur des discriminations psychophobes-validistes n’ont reçu que du silence.
J’arrête les exemples à 3 (ce sont ceux qui me tordent le plus l’estomac ces derniers mois) et je pense à la Quichotte féministe lesbienne du Voyage sans fin de Monique Wittig. En 2022 déjà, je bossais sur cette pièce de théâtre tout en me débattant contre des problèmes créés par des gens bien vus dans l’université où j’étais mais au comportement intolérable selon d’autres critères (mes moulins à vent à moi peut-être !). À l’époque, ce sont les écrits, les valeurs et les actions de Sara Ahmed qui m’avaient apaisée. Living a Feminist Life m’a aidée à transformer un mélange de dégoût/colère/mépris pour des trucs adulés à l’université et d’admiration/espoir/joie pour d’autres choses que l’université ne tolère que sous certaines conditions. C’est pas grand-chose. Et en même temps, c’est hyper puissant :
Be maladjusted, don’t adjust to an injustice!
I am willing to be inconvenient.
Raised eyebrows = lesbian feminist pedagogy
Ça aide à continuer. Au fond je crois que j’en ai besoin. De tout ça et de puissance créatrice collective. J’ai besoin de penser avec, avec Wittig, Ahmed, etc., mais aussi de faire ensemble: “A collective is what does not stand still but creates and is created by movement.”
Alors si ça vous dit aussi, on se retrouve très bientôt pour un club de lecture autour du Feminist Killjoy Handbook [Manuel de rabat-joie féministe] puis un atelier d’écriture entre rabat-joies féministes et on verra vers où nos lectures, réflexions, créations nous attireront.
D’ici-là. Moi je vais m’organiser pour ralentir sur le plan du doctorat et rester plus dans mon village (pour adopter les bébés cochons d’inde de ma voisine roumaine, rigoler entre bols de soupe et/ou verres d’alcool avec les copines du club de crochet, poser des questions queer et faire du presque karaoké à l’église, kiffer tout simplement dans mon petit chez moi toujours en cours d’aménagement, etc.). Et je nous souhaite de la douceur, des tempêtes qui font du bien, et la force collective des rabat-joies féministes.
Much love from Greenisland
Alice pour les Jaseuses
Virginie Trachsler a offert au carnet des Jaseuses une note de lecture à propos de La Plaie de l’aube, un recueil de Sara Mychkine, publié chez blast. Retrouvez son beau texte « Tisser la fin du monde – La Plaie de l’aube de Sara Mychkine » dans la rubrique Lectures de notre carnet !
⚡On jase aussi par ici
Ami-es des Jaseuses
Aux feminist killjoys des quatre coins du monde

Cette newsletter a été préparée par Virginie Trachsler, Marine Rouch et Caroline Dejoie
Conceptrices : Patrycja Toczek et Caroline Dejoie
OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Les Jaseuses (15 mars 2024). Mars – Soyez mal ajusté-es. Les Jaseuses. Consulté le 13 septembre 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/w0yl
