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Février 2024 – Les sables sont meubles

White Sands, New Mexico, 1945, par Laura Gilpin.

 

Je ne sais pas où je vais. 

Je me souviens du bruit des feuilles qui craquent sous les pieds. Une certaine lueur de printemps, les fumées de cigarettes qui partent en volute dans les airs du crépuscule qui avait encore une chaude douceur. Mon corps en a la mémoire. Ma peau, ma chair, mes nerfs – se souviennent de cela.

Dans ma tête – c’est plus vide. Les fonds des eaux sont troublées comme lorsque la vague revient inlassablement sur le sable. Le temps n’a pas la même saveur ; il me semble que les yeux ont changé de couleur, que mon visage a changé de matière, mon émotivité de fonctionnement interne. 

La roue s’est mise à tourner autrement lorsque le courant de l’eau s’est modifié. J’ai endigué le flux pour un moment, la roue a cessé son mouvement ; j’ai empoigné pioches, pelles et râteaux et j’ai entrepris de construire les monticules en plein sable. 

 Que vont-ils contenir ? Je ne le sais même pas. Je me suis fait bûcheron·ne, et je construis des meubles censés abriter – abriter qui, abriter quoi ? Je ne le sais même pas – maintenant. J’ai les mains piquées de pleines d’échardes ; elles transpirent des eaux rougeaudes et mordorées de la mer. Je saigne sur les outils – et seul mon sang les colore. 

Je ne sais pas où je vais. 

Je ne sais plus qui je suis. 

J’ai l’impression que le temps coule comme une vague à mes pieds. Repart – et revient – et repart – et revient – et repart. Il m’enveloppe incessamment mais je ne peux pas le saisir ; c’est un peu la même eau mais toujours des vagues différentes. Je sais que je ne verrai plus jamais le même soleil se coucher sur la mer ; et pourtant, celui de demain en sera-t-il moins beau ? (Sûrement que non ; je le sais. Mais ça ne m’empêche pas d’avoir l’oeil grignoté de la mélancolie des souvenirs. 

– Alors que, en attendant, les sables restent meubles. Peut-être ma peau s’autorisera-t-elle à y être aveugle un moment.

 

Mickaël pour les Jaseuses


Atelier

Dans le cadre du Festival des Cultures organisé par la Sorbonne Nouvelle du 12 au 16 février prochain, les jaseuses Caroline Dejoie, Elisa L. Walter, Emilie Victor Ollivier et Virginie Trachsler proposent un atelier d’écriture et de création à partir d’archives centenaires. Rendez-vous mercredi 14 février à 14h dans la salle A607 du campus Nation pour REconvoquer les créatrices.


⚡On jase aussi par ici

:coup_de_poing: Emilie Victor Ollivier publiera ce mois-ci un article dans la nouvelle formule de la revue Zone critique à propos de l’ouvrage Toucher au nerf : une conversation entre Maguy Marin et Olivier Neveux dans la collection « Méthodes » des Éditions Théâtrales.
🚀 Pour Jeanne Magazine, Adèle Cassigneul signe une chronique de L’exoplanète féministe de Joanna Russ, anthologie dirigée par Charlotte Houette et Clara Pacotte et sortie il y a peu aux Éditions Cambourakis.
🤖 Claire Salles a soutenu sa thèse en études cinématographiques à la Sorbonne Nouvelle, sous le titre « Enchevêtrements : penser le cinéma par l’écocritique féministe » : une exploration croisée des télécommunications électriques et de la gestation, pour rendre complices écoféminismes et technoféminismes… Des Jaseuses étaient présent-es (comme au long de tout ce parcours de recherche) et beaucoup de joie a circulé !

Ami-es des Jaseuses

:écouteurs: Melissa Bertrand, autrice du livre Intérieur(s) publié aux jolies Éditions du Carnet d’Or qui renferme neuf monologues de femmes, lance avec la Compagnie de l’Archée une création sonore autour de ce texte. Elle a collaboré avec des comédiennes pour faire entendre ces neuf voix singulières. Le projet sonore Intérieur(s) est à retrouver sur youtube et instagram, et s’accompagnera bientôt d’ateliers d’écriture et de création menés par Mélissa elle-même.
:fontaine: Chloé Pretesacque publie un essai intitulé Failles et fuites – sourcellerie précapitaliste et radiesthésie moderne aux Éditions MagiCité, qui met en scène les rapprochements intimes et essentiels entre mondes magiques et critique sociale.

À la lumière du printemps qui vient…

Cette newsletter a été préparée par Virginie Trachsler, Marine Rouch et Caroline Dejoie

Conceptrices : Patrycja Toczek et Caroline Dejoie


OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Les Jaseuses (16 février 2024). Février 2024 – Les sables sont meubles. Les Jaseuses. Consulté le 8 septembre 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/vutj


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